La gestion de l'art

L'entrepreneure Kate Berube travaille à élargir son activité d'illustratrice de livres d'enfant avec l'aide de son mentor Margo Wendorf, chef d'entreprise et expert en marketing touristique.

L'entrepreneure Kate Berube et son mentor Margo Wendorf

Andy Warhol a dit que « Faire de bonnes affaires est le meilleur art qui soit ». Pour l'entrepreneur artiste, tirer parti des liens entre l'art et les affaires n'a pas de prix, mais trouver ces liens peut s'avérer difficile.

« Je pense que l'on peut être un artiste et ne pas chercher à en faire son métier. Vous n'en êtes pas moins un artiste, et c'est tout à fait acceptable », explique Kate Berube, auteur et illustratrice basée à Portland, dans l’Oregon. « Mais si vous essayez d'en faire votre gagne-pain, vous devez connaître un peu le monde des affaires. Ce n'est pas ce qu'on m'a appris à l'école. »

Au contraire, l'éducation de Kate s'est centrée sur les toiles réalisées en couches épaisses de peinture à l'huile ou acrylique. Elle a appris son métier en créant ce qu'elle appelle des « peintures picturales », dont elle a tiré une grande expérience et un goût profond pour l'art. Pourtant, même si ses études des Beaux-arts se sont avérées très instructives, c'est dans l'écriture et l'illustration de livres pour enfants qu'elle a trouvé sa voie.

« Ce qui m'a attiré vers le monde des livres pour enfants, c'est le récit, la possibilité de raconter une histoire », dit-elle. « Plus je m'informais, plus je me rendais compte que c'était exactement ce que je recherchais. »

Toutefois, il lui restait beaucoup à apprendre. Grande lectrice depuis toujours, Kate reconnaît que l'écriture lui faisait un peu peur mais que « comme le reste, si tu pratiques beaucoup, tu finis par y arriver ». C'est une leçon qui allait à nouveau lui être utile quand elle a décidé de faire de sa passion artistique une carrière entrepreneuriale.

Kate a participé à la formation sur les Fondements de l’entreprise de Mercy Corps Northwest et c'est par ce biais qu'elle a découvert MicroMentor et rencontré son mentor Margo Wendorf. « Quand j'ai rencontré Kate, j'ai immédiatement vu le talent. Elle savait où elle était et où elle voulait aller, mais elle ignorait comment y parvenir », raconte Margo, dont les années d'expérience comme chef d'entreprise ont été très utiles pour sa collaboration avec Kate. « Ce que la plupart des gens recherchent, c'est de l'aide en matière d'organisation, des compétences en gestion. Ils ont de grandes idées, mais ils n'ont pas résolu tout ce qu'ils ne savent pas. »

Margo a passé la plus grande partie de sa carrière à planifier, organiser et promouvoir des événements internationaux dans un domaine du tourisme connu sous le nom de MICE, signifiant « réunions, primes, conventinos et expositions ». Elle a aussi créé une agence de voyage, une entreprise de formation environnementale et, avec son mari, une entreprise d'ébénisterie sur mesure.

Les illustrations pour enfants n'entrent pas dans le champ d'expertise de Margo. D'ailleurs, elle dit que ses goûts personnels penchent plutôt pour l'art plus traditionnel que Kate a laissé derrière elle. Mais ces différences n'étaient pas importantes quand il a fallu discuter le côté « business » de l'art de Kate.

Selon Kate, « Margo est une femme d'affaires qui a beaucoup d'assurance. Elle dirige des entreprises et a énormément d'expérience. Pour moi, le type d'activité de ses entreprises n'était pas important, ce qui m'intéressait c'était qu'elle avait réussi sa carrière en tant qu'entrepreneur et qu'elle avait beaucoup de bons conseils à me donner. »

Créer quelque chose à partir de rien

Reproduction de Kate Berube

L'une des difficultés que l'on rencontre quand on cherche à mélanger l'art et les affaires, c'est que l'art est souvent intime et personnel, alors que pour réussir dans les affaires, il faut se promouvoir, se constituer un réseau et avoir une bonne dose de confiance en soi. « Tu crées quelque chose à partir de rien, et puis tu n'es pas tout à fait sûr de la perception que les gens vont en avoir », dit Kate.

Pour prendre confiance en elle, Kate devait travailler à améliorer ses compétences enaffaires, tout comme elle le faisait pour son style d'écriture. Pour cela, elle a dû consacrer une partie de ses journées de travail à des activités « non créatives » et reconnaître que ces activités représentaient une part importante de son travail. Kate remarque qu'on peut facilement se sentir dépassé et mal à l'aise par le côté commercial du travail et retourner confortablement à sa peinture. Mais elle se souvient du conseil de Margo : « Prends des décisions intelligentes, sois sûre de toi, ne reste pas tout le temps chez toi à dessiner et sans chercher à faire connaître tes œuvres ».

Margo a aidé Kate à organiser sa journée de travail de façon à pouvoir accomplir les tâches associées aux deux aspects de sa carrière : l'aspect commercial et l'aspect artistique. En consacrant quelques heures par jour aux exigences organisationnelles, Kate peut ensuite se concentrer sur son art sans distractions.

Avancer plus vite et plus loin

Contrairement à Kate, Margo a lancé et développé son entreprise sans l'aide d'un mentor. « Maintenant que j'y pense, cela aurait pu être utile », dit-elle. « L'avantage pour Kate, c'est qu'elle va pouvoir avancer plus vite et plus loin que nous. »

En tant que mentor, Margo donne de son temps pour aider les petits entrepreneurs à prendre une longueur d'avance. Pour Margo, le mentorat est un moyen « qui va de soi » de donner en retour à la communauté, parce que « il n'y avait pas vraiment de travail de préparation. Il s'agissait surtout d'écouter et de tirer des leçons des expériences passées. Nous avons passé des heures à discuter autour d'un café. Je pense qu'un mentor doit être vraiment disposé à donner de son temps. »

Un exemple de l'aide que Margo a apportée à Kate a été le parrainage de sa participation à Kiva Zip, un programme de financement participatif destiné aux petits entrepreneurs, grâce auquel Kate a pu acquérir du matériel neuf. « Elle m'a vraiment aidée à comprendre que si j'arrive à avoir beaucoup de travail, et c'est bien ce à quoi j'aspire, il me faut dès à présent le matériel pour pouvoir le réaliser », explique Kate.

« Le processus de demande de participation, l'obtention du prêt et son remboursement, tout cela fait partie des bonnes pratiques d’affaires à apprendre », ajoute Margo. « Je pense aussi que de voir que tous ces gens étaient prêts à investir dans son entreprise a dû être encourageant pour elle. »

L'art de la gestion

Carte de Kate Berube

« On pense toujours que quand quelqu'un commence à peindre, il sait à quoi cela va ressembler à la fin, et qu'il progresse pas à pas pour y parvenir », nous dit Kate. « Mais c'est vraiment toujours une découverte. Tu commences quelque chose, puis tu prends des décisions, et tu découvres en chemin ce que tu es en train d'essayer de créer. »

C'est peut-être cette approche créative qui a amené Andy Warhol à lier la création artistique et les affaires. Après tout, gérer une entreprise c'est souvent cela : démarrer, prendre des décisions et découvrir en chemin ce qu'on essaie de créer.

Depuis qu'elle a commencé ses relations de mentorat avec Margo, Kate est en contact avec un agent qui l'aide à développer davantage sa carrière d'illustratrice. Elle gère également une boutique Etsy où elle propose des reproductions et des cartes cadeaux représentant ses œuvres. Son conseil pour les entrepreneurs créatifs est de se constituer un réseau, que ce soit à travers le mentorat, les médias sociaux, ou en prenant des cours de gestion. « Je pense que cela vous donne vraiment l'impression d'être connectée avec le reste du monde, et on a tant à apprendre des autres. »


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